Médée Chérie

Médée Chérie

Yasmine Chami

Dans un aéroport, tout se fige soudain pour Médée : son mari Ismaël l’y abandonne sans explication, comme une valise, filant à l’anglaise.

“Statufiée, Médée, son corps sait ce que sa pensée ne conçoit pas encore, elle est comme ces personnages arrêtés, piégés dans une matière plus lourde que le mouvement qu’ils tentent.”

Entourée de ses enfants, jeunes adultes, Médée remonte mentalement le fil de son histoire et de ses 30 années de vie commune avec Ismaël.

Son quotidien à lui, en tant que chirurgien, fut l’urgence vitale, l’éloignant souvent de la famille. Celui de Médée, artiste sculpteur reconnue, fut “l’urgence muette”, celle du modelage de ses créatures de marbre, interrompue par les impératifs familiaux.

Yasmine Chami ne nous fait pas le portrait d’une de ces femmes éplorées à qui le bonheur se refuse constamment. Médée est au contraire une épouse amoureuse, une mère aimante, une artiste accomplie et c’est à mon sens ce qui rend ce personnage si intéressant et bouleversant.

“Pourquoi la tendresse de Médée, son amour inquiet, sa vulnérabilité contenue n’ont-ils pas retenu Ismaël ?”

Ici, pas de révélation ou de secrets de famille à la clé, l’auteure nous fait entrer dans le vie de Médée comme dans un lac, avec un calme et une délicatesse infinis, son écriture stimule et éveille les sens comme au contact de la fraîcheur de l’eau.

D’Ismaël nous ne saurons au fond que peu de choses. Son désarroi à elle en revanche, son errance, son dénuement, ouvrent de grandes et belles questions : comment se raconte-t-on aussi sa propre histoire, aussi belle soit-elle à nos yeux, parfois sombre à d’autres regards ? Quelle place invisible ont pu prendre ses créatures de pierre à la maison ?

Dans ce roman aussi court qu’intense, Yasmine Chami aborde avec une subtilité rare une multiplicité de thèmes comme la maternité, la femme, la puissance de l’art, l’amour, le couple… pas de poncifs, la pensée est travaillée, l’écriture minutieuse et vibrante.

Ce livre continue de m’habiter, et j’ai le sentiment, en tant que libraire, que Yasmine Chami, avec ce troisième roman, est vraiment une grande auteur en devenir.

Médée chérie, Yasmine Chami, Actes Sud.

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Le Roi Chocolat

Voici l’histoire vraie d’un homme dont la vie est un roman en soi ! 1910 : Victor, reporter, embarque pour une traversée de l’Atlantique vers

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Le Roi Chocolat

12 décembre 2018

Le Roi Chocolat

Thierry Montoriol

Édité chez : Gaïa

Prix : 22 €

Voici l’histoire vraie d’un homme dont la vie est un roman en soi !

1910 : Victor, reporter, embarque pour une traversée de l’Atlantique vers l’Argentine où son journal l’envoie. Alors qu’il traverse, non sans danger, l’Amérique Latine en proie à des guerres civiles, Victor est retenu dans une tribu indienne où il goûte une boisson à base de fève de cacao, aux saveurs exquises :

Je devine une chaleur à la lisière d’un bol qui s’approche de mes lèvres. L’odeur n’est ni hostile ni travestie. Son parfum est une caresse nue. Une écharpe de volupté qui musarde sous mes narines. J’ouvre la bouche et me laisse faire comme un enfant qui suce le sein dans un demi-sommeil. Le goût est un délice réparateur, rappelle celui du chocolat en moins amer auquel s’ajoutent d’autres saveurs que je ne parviens pas à reconnaître. C’est aussi onctueux que sucré. À la fois sauvage et domestiqué.

Une fois revenu en France, il n’a dès lors qu’une idée en tête : reproduire le dosage de la recette qui l’a ébloui à des milliers de kilomètres, le futur BANANIA. Des mois de tâtonnements plus tard, le choco-banane est enfin prêt…en juillet 1914. Sombre date, en cette veille du conflit mondial, qui donne un coup d’arrêt et offre en même temps un destin incroyable à la célèbre boisson.

Comment le fameux tirailleur sénégalais contribuera-t-il à sa célébrité ? Jusqu’où le goût de l’aventure et de l’idéalisme mènera Victor ?

L’inventeur du Banania n’est autre que le grand père de l’auteur, Thierry Montoriol, reporter également. Ce dernier a retrouvé les carnets de voyages de son aïeul, lui permettant de rester fidèle à ce qu’il a vécu.
Roman d’aventure rocambolesque au parfum d’espionnage et de femmes fatales, récit historique palpitant, Thierry Montoriol nous conte avec brio une page extraordinaire de son histoire familiale.

Le Roi Chocolat, Thierry Montoriol, Gaïa, 22 €

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Mais leurs yeux dardaient sur Dieu

5 septembre 2018

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu

Zora Neale Hurston

Édité chez : Zulma

Prix : 22,50 €

C’est sans doute l’un des romans-événements de cette rentrée, pour la beauté de son texte, sa déjà longue histoire (il est paru en 1937), et le défi de sa traduction aux éditions Zulma.

Their Eyes Were Watching God est le premier roman écrit par une femme afro-américaine, redécouvert dans les années 1970 où il connaît depuis un succès aussi fulgurant que durable.

Janie est une jeune femme noire en floraison, élevée par sa grand mère qui a connu l’esclavage et pour qui “la femme nègue c’est elle la mule du monde, pour tout ce que j’en ai vu”. Aussi elle décide de marier sa petite fille à Logan Killicks qui possède, en plus de ses quelques lopins de terre, une sécurité à offrir…

Mais Janie se questionne :

le mariage commandait-il à l’amour comme le soleil au jour ?

Pétrie d’ardeurs et d’attentes, elle est vite déçue par le rustre Logan.

Auprès de Joe Starcks avec qui elle s’enfuit, les désillusions sont plus lentes à venir. Ambitieux, il devient l’un des premiers gouverneurs noirs d’une petite bourgade, et Janie se trouve peu à peu étouffée dans le rôle d’épouse du maire autoritaire.

Il faudra attendre Tea Cake pour que Janie connaisse le grand amour :

ses foulées pressant la terre semblaient en extraire le parfum du monde (…) Une senteur d’épices le drapait. Il était un regard de Dieu.

Dans le village on cancane, mais qu’importe puisque le chant puissant que Janie espérait résonne en elle.

Au delà d’être un portrait sensible et bouleversant de l’émancipation d’une femme Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est le fruit d’une traduction remarquable portée par Sika Fakambi qui a inventé une nouvelle langue pour rendre la musicalité du Black American English, cet anglais parlé à la croisée de multiples cultures.

Sans conteste le plus beau roman que j’ai lu cette année.

 

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu
Zora Neale Hurston, traduit de l’anglais (américain) par Sika Fakambi, Zulma
22.50€

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Magnifica

12 novembre 2018

Magnifica

Maria Rosaria Valentini

Édité chez : Denoël

Prix : 21 €

Magnifica : tel est son prénom, telle est l’écriture de ce roman italien traduit pour la première fois en français.

Dans un petit village des Abbruzzes des années 1950, la jeune Ada Maria prend très tôt la responsabilité de la maison familiale et de son petit frère fragile. Elle remplit son devoir sans état d’âme, se frotte à la rudesse de la vie, tristement banale dans ces campagnes reculées.

Un jour, alors qu’elle se promène en forêt, surgit une apparition, un homme…Benedikt est un soldat allemand qui est resté vivre en ermite, vulnérable et peureux.

Tenaillée par la peur mais ivre de curiosité, Ada Maria va lier son destin à cet homme.

Magnifica est un magnifique roman d’automne, lumineux, mélancolique, et traversée d’une grande pureté poétique. Une des plus belles découvertes de cette rentrée littéraire !

Magnifica, Maria Rosaria Valentini, traduit de l’italien par Lise Caillat, Denoël, 21 €

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La somme de nos folies

20 septembre 2018

La somme de nos folies

Shih-Li Kow

Édité chez : Zulma

Prix : 22,50 €

Au nord de Kuala Lumpur se situe un village pour le moins pittoresque, cerné par deux rivières et trois lacs qui l’inondent sans arrêt. Faut-il être courageux, entêté, ou juste un peu fou pour vivre là ?

Sans doute tout cela en même temps, à l’image de l’impétueuse Mami Beevi qui décide de profiter de la énième inondation pour rendre la liberté à son poisson trop à l’étroit dans son bocal. Les enfants s’amusent à dériver sur les flots dans des woks géants, Ismet le potier se frotte les mains de la belle partie de pêche qui s’annonce, tandis que s’apprête à débarquer Mary Ann, une orpheline de 11 ans, recueillie par Mami Beevi suite à des circonstances familiales malheureuses.

A Lubok Sayong, tout venait en un seul exemplaire : la rue principale, le rond-point, le feu rouge, le commissariat de police, la caserne des pompiers et son unique camion, le bureau de poste, la station de service, la tour de l’horloge, le supermarché, le cinéma, le Kentucky Fried Chicken, l’école malaise, la chinoise, celle des tamouls et même un pensionnat chrétien pour jeunes filles, histoire de faire bonne mesure.

La vie peu ordinaire de ce village est croquée tour à tour par Auyong, un vieux directeur chinois d’une conserverie de litchis, grand ami de Mami Beevi, et le regard canaille de Mary Ann.

Follement amusant, dépaysant et instructif, Shih-Li Kow nous plonge dans le grand bouillon multiculturel de la Malaisie actuelle, entre archaïsme et modernité. Une invitation réjouissante au voyage, véritable gourmandise en cette rentrée littéraire.

 

La sommes de nos folies, Shih-Li Kow, traduit de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier, Zulma, 21.50 €

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