5 avril 2020

Les livres « refuges » des lecteurs de La Suite

Suite à la fermeture de la librairie et à la lettre (à lire ici) que nous avons envoyée aux lecteurs de la librairie, nous proposions de partager les livres qui, en ce moment, apportent du réconfort, du sens… Voici les belles pages (enrichies au fur et à mesure) de cet incroyable courrier des lecteurs que nous avons reçu :

Edouard choisit La peste, d’Albert Camus (Gallimard) :

« j’ai relu La Peste de Camus le weekend dernier et j’ai passé la semaine à le digérer. C’est une fabuleuse remise en perspective de la situation que nous sommes actuellement en train de vivre. Par exemple, une amie médecin m’a dit que le plus compliqué en ce moment (elle a la chance d’être dans le Sud-Est et quand nous avons échangé les hôpitaux de cette région n’étaient pas encore surmenés) n’était pas l’enchainement des gardes mais la charge mentale. C’est une personne en qui j’ai confiance et je sais qu’elle ne choisit pas ses mots au hasard mais sur le coup je n’avais pas compris. C’est Camus, à travers le docteur Rieux, qui m’a permis de comprendre cette lassitude associée à une inflexible détermination. Un sentiment noble, paradoxal, indéniablement humain qui me fait admirer encore plus les soignants, éboueurs, caissiers, maraichers et tous les autres qui nous permettent à nous, planqués du télétravail, à continuer à vivre avec un semblant de normalité et d’espoir que la fin du tunnel va arriver au plus vite. »

Odile-Wynn choisit La conférence des oiseaux de Farid-Ud-Din ‘Attar (Points)

Une succession d’anecdotes, de contes, de rencontres avec des sages et des fous qui relatent le voyage d’une huppe et d’une trentaine d’autres oiseaux à la recherche de Simorgh, leur roi.

La poésie fleurie toute orientale de cette oeuvre si accomplie est un ravissement à elle-seule, à chaque page on s’étonne de la fraicheur des pensées et réflexions, de l’actualité des faits, car la nature profonde humain n’a pas pris une seule ride.

En ces temps tourmentés, La conférence des oiseaux apaise et recentre nos émotions portées à vif et donne des réponses spirituelles à la multiplicité de nos questionnements et tâtonnements actuels. Un très beau voyage, tout en verticalité, rempli d’espoir.

 

Clemence choisit L’aventurière des sables, de Sarah Marquis (Michel Lafon)

« Slow life… Quelle idée nécessaire, en ce moment et pour l’avenir. Quelques minutes avant de vous lire, je me disais justement que je ressentais un certain plaisir de savoir le monde entier « sur pause ». Outre les circonstances économiques réelles et non négligeables… Nous n’avons d’autre choix que de ralentir, et cela fait bien.

Re-découvrir sa bibliothèque, parcourir les rangées de livres à la recherche du livre oublié. Peut être une belle surprise finalement, qui sait..!

Pour ma part, je suis plongée dans le récit d’une aventurière, Sarah Marquis, qui raconte sa slow life à elle, à pieds, pour un tour de 14 000 km du continent australien. Un retour à la nature, aux grands espaces  loin des hommes, portée par une grande sérénité. »

Marie-Pierre choisit La loi du rêveur de Daniel Pennac (Gallimard)

« J’ai rencontré un petit bijou  *La loi du rêveur* de Daniel Pennac que je n’ai posé qu’après sa dernière page lue

Quand l’immobilité nous permet de rêver et de laisser parler l’inconscient … un bel hommage à Fellini et a la psychanalyse qui rouvre la porte de l’enfance, tout comme ce que nous vivons actuellement avec le confinement.

Un joli livre que je vous conseille vous l’aurez compris …  »

Caroline choisit Un gentleman à Moscou, Amor Towles, Fayard

« Ma lecture du moment vous aidera peut être à vous évader: ce livre fascinant que je lis en VO nous emmène dans l’union soviétique aride et dévastatrice des libertés individuelles et je ne peux m’empêcher d’y trouver un écho étrange et ironique de notre société moderne et soit disant libérée à l’heure du covid …files d’attente pour s’alimenter, contrôles pour circuler, confinement … le héros du livre est confiné dans un hôtel de luxe et son histoire est captivante : A Gentleman in Moscow de Amor Towles (VF : Un gentleman à Moscou chez Fayard)… j’espère que vous aimerez:) »

Alix choisit (et transmet) Le berger de l’avent de Gunnar Gunnarsson (Zulma)

« Mon amie Aude, cliente de la Suite, a acheté il y a peu un de vos petits trésors déjà emballé, les bouquins surprises, les bouquins lâcher-prise. Il s’agissait du Berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson, aux Éditions Zulma que vous aimez tant.

Elle l’a lu. Elle l’a aimé. Elle me l’a offert avec une bougie, acommpagnés de la recommandation de lire cette pépite dans mon bain avec la bougie allumée à mes côtés. Ce que j’ai fait. Et puis le confinement est tombé…

Et avec lui, toutes ces pensées et cette première période d’agitation stérile mais de surcharge réelle : home working, home schooling, home cooking (2× par jour pour 5, quelle horreur !!!), home cleaning… Vous voyez de quoi je parle…

La nécessité de se poser, de prendre du recul, de souffler, de s’extraire de cette ambiance anxiogène, de trouver du sens à cette période s’est vite fait sentir.

Et ce minuscule bouquin est monté à ma conscience, comme le début d’une réponse.

J’ai décidé de m’en défaire. Je l’ai mis dans un joli sac en papier avec la même bougie, un peu entamée.

J’ai pris une petite carte et j’ai écrit – avec un stylo, truc de dingue – à une autre de mes amies.

D’un côté de la carte, j’ai repris cette phrase du livre : « Une chandelle brûlait pour eux, à l’intérieur de la ferme. Une flamme qui n’éclaire que pour elle, c’est comme un être humain abandonné au doute. Sitôt que quelqu’un approche, elle se transforme. Quand les trois hommes entrèrent, la flamme eut soudain une fonction, une mission à remplir. »

De l’autre côté, je me suis adressée à mon amie : « Chère Aurélie, ce petit livre m’a été offert par mon amie Aude, accompagné d’une belle bougie. Je te transmets les deux. Comme une pensée, une humanité, un fil qui nous lie les uns autres. Si le cœur t’en dit et que cela a du sens pour toi, quand tu auras lu ce petit trésor à la lumière de cette bougie, transmets-les à ton tour à celui ou celle dont tu sais qu’il ou elle saura recevoir cette lumière. »

Mélisande choisit Dieu, le temps, les hommes et les anges d’Olga Tokarczuk (Robert Laffont)

« C’est un livre absolument magnifique, mais j’ai du mal à trouver les mots pour en parler par écrit. C’est un genre de petit conte métaphysique qui raconte l’histoire d’un village et de ses habitants, aux confins de la Pologne. Dit comme ça ce n’est pas très attirant mais l’écriture est tellement limpide qu’elle abolit le style et atteint l’universel, un village en Pologne mais qui pourrait être n’importe quel village, dans une temps déterminé (guerre et après-guerre) mais qui qui pourrait se passer n’importe quand, et des histoires d’humains qui touchent au cœur de nos petits cœurs d’humains qui passons sur Terre comme nous pouvons, par hasard et en faisant de notre mieux. Bref, je n’avais jamais rien lu d’aussi beau depuis longtemps »

 

 

Florence choisit La tentation de Luc Lang (Stock) et La bienveillance est une arme absolue de Didier van Cauwelaert (L’observatoire)

« Je viens de lire La tentation de Luc Lang, métaphore très pessimiste de notre société avec la montée inéluctable de la violence. En même temps une très belle écriture et des pages magnifiques sur la nature

Un livre qui marque.

En ce moment je lis La bienveillance est une arme absolue de Didier Vancauwelaert, un livre qui fait du bien en ce moment où on a besoin de réconfort et de se rendre compte du pouvoir de la bienveillance. »

Maryse adresse un poème qu’elle a écrit :

« OMBRE ET LUMIERE

Les ombres tapies derrière la dune

Surgissent de toutes parts

Les loups sont démasqués

Le chacal hurle à la lune

L’enfant en moi se cache le visage

De peur que ne revienne

Le cauchemar croquemitaine

Les rident se dévoilent

Flaque d’huile de la mort

Le temps se remplit d’encre

Jusqu’à la lie de nuit

La lune est décroissante

Jusques à n’être plus….

L’ombre a envahi

L’espace de mon coeur

L’ombre n’est jamais seul pourtant :

Ombre portée de Vie

Elle engendre la lumière. »

Catherine choisit 209 rue Saint Maur de Ruth Zylberman (Seuil)

« J’ai lu le livre de Ruth Zylberman, 209 rue Saint Maur que j’ai beaucoup aimé.

Cette recherche à partir de l’espace d’un immeuble de sa vie présente et passée m’a particulièrement intéressée et concernée . Toute la partie sur la deuxième guerre, l’occupation et les persécutions anti juives m’a particulièrement émue .

Deux raisons à cela: mon père a été déporté à Auschwitz- Birkenau et est revenu deux ans après ( je suis née en 1947, l’enfant du retour) et la deuxième est la découverte de ce que le quartier représentait comme lieu de présence juive avant la guerre alors que j’ai habité un an et possédé un appartement au 219 rue Saint Maur vers mes quarante ans sans le savoir. »

Sabine J. choisit Vous êtes de la famille de François-Guillaume Lorrain (Flammarion)

« Je choisis sans hésiter « Vous êtes de la famille? » car ce livre m’a juste « tapé dans le cœur » et en ces temps de confinement il permet de se balader dans les rues de Paris, avec l’appui de Googlemaps si besoin !

En rentrant dans Maps le 22 rue monsieur le prince on peut voir les 2 plaques pour les 2 peintres (page 12) puis en « se retournant » on peut voir Poulidor et avancer jusqu’au carrefour et voir la plaque du désormais célèbre Kopitovitch. Au 20 rue monsieur Le prince on voit sans problème le cabinet médical et la plaque au sol de Malik Oussekine.

Enfin on peut aisément se placer pour avoir le même angle de vue que la photo de groupe de la page 46 avec René Cassin.

Par ailleurs, ce livre fait pour moi partie de ces livres en résonance avec sa propre histoire. J’avais assisté à la présentation du livre par son auteur à la librairie le 6 juin de l’année dernière avec la petite Juliette de 2 Mois. J’en ai gardé une dédicace que j’aime beaucoup et que je vous mets en pj. »

Christine choisit Comment l’empire romain s’est effondré de Kyle Harper (La découverte)

« Ce n’est peut-être pas une lecture d’évasion mais une lecture qui donne un regard sur d’autres moments au cours desquels l’humanité a connu des épidémies en des temps plus anciens certes, mais il y a des constances dans l’être, qui font que la publication du travail de cet historien américain peut nous intéresser aujourd’hui .

Je fais référence au livre de Kyle HARPER, « Comment l’Empire romain s’est effondré Le climat, les maladies et la chute de Rome » paru aux Editions de La Découverte fin 2019. Cet historien, professeur à l’université d’Oklahoma prend en compte de nouvelles recherches archéologiques et le recours aux archives naturelles ( carottages dans les calottes glaciaires, dépôts de sédiments etc), pour publier ce texte, à certains endroits répétitif, mais qui tient vraiment en haleine malgré ses 400 pages.

Tout cela pour rappeler que la nature est imprévisible tout en permettant de revisiter nos connaissances de cette histoire romaine sans que ce soit indigeste. Au final, il nous est rappelé que  » les bactéries, les virus et autres parasites sont des agents qui ne connaissent que leur propre intérêt saisissant toutes les occasions qui se présentent. dans cette perspective, les triomphes de l’humanité apparaissent plus modestes et incertains  »

Jennifer choisit Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)

« Une plongée dès le début dans la tête d’un conservateur américain, qui se définit comme un soldat de Jésus, mais sans que Joyce Carol Oates ne le juge. On explore ses motivations et on revit avec lui la perte de sa jeune fille, handicapée, dont il n’aurait pas voulu, pas pu décider d’interrompre la grossesse, sa souffrance et sa culpabilité. On ressent sa colère, sa rage grandissante envers ces mères qui décident d’avorter. Face à lui, Gus Vorhees, médecin, qui ne peut ignorer les appels à l’aide de ces femmes désespérées, qui cherchent souvent à se réapproprier leur vie lors une énième grossesse ou une grossesse précoce, après un viol. Il fait souvent passer son métier avant sa famille, ignore les risques qu’il encourt.

On suit les destins croisés de leurs filles, Naomi Vorhees et Dawn Dunphy que tout sépare en apparence. Cependant, elles cherchent toutes les deux leur voie, obsédées par le souvenir d’un père qu’elles ont perdu. Naomi cherche à reconstruire une vie familiale renouant avec une grand-mère qu’elle n’a que peu connu et Dawn, devenue DD, isolée et mal aimée, se rapproche de Jésus et des idées de son père et entreprend une carrière de boxeuse.

J’ai apprécié ce croisement entre des vies que tout oppose et ce récit qui ne juge pas, refuse une opposition manichéenne qui serait simple à faire sur un tel sujet… Une belle lecture qui fait réfléchir. »

 

Delphine choisit Moi ce que j’aime c’est les monstres d’Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

« S’il ne fallait n’en retenir qu’un , qui mérite rien qu’à sa couverture une photo, c’est l’iconoclaste, le percutant « Moi ce que j’aime c’est les monstres » d’Emil Ferris. Je ne m’étais pas pris une si grande claque depuis « Maus » de Spiegelman !!!  Je l’avais offert à ma fille pour Noel dernier et elle l’a glissé dans le gros sac de livres qu’elle m’a préparé en vue du confinement. Je la remercie ! »

 

 

Nathalie choisit L’eau qui dort, d’Hélène Gestern (Arléa)

En ces temps de confinement, j’ai lu « l’eau qui dort » de Hélène Gestern, qui m’a fait du bien. Ce personnage à la dérive qui commence à se retrouver grâce au calme du Précy-Hingrée, jardin magique, m’a fait du bien et donné l’impression de retrouver la nature et de profiter à fond du charme du printemps.

 

 

Sabine C. choisit une saga historique de Hanni Munzer (L’archipel)

« Je viens de terminer un roman historique (deux tomes) d’une auteure allemande, Hanni Münzer.

Je l’ai lu en langue allemande grâce à un petit stock de livres achetés en librairie en Allemagne (et non sur Amazon !).  Il existe une traduction française : « Au nom de ma mère » (tome 1) et « Marlène » (tome 2).

Ce roman m’a beaucoup bouleversée, il a été terrible à lire, terrible par les faits qu’il décrit et il m’a évidemment fait penser à ma famille qui a vécu cette époque effrayante.

C’est l’histoire d’une mère et de sa fille sous le Troisième Reich. Le sujet de l’histoire a été traité de nombreuses fois par d’autres auteurs mais on est littéralement emporté par cette histoire, on a du mal à lâcher le livre. Les personnages sont attachants, leur histoire est poignante, le réalisme de l’écriture est remarquable.  »

Catherine souhaite (ardemment) Richesse oblige d’Hannelore Cayre (Métailié)

« Lettre à madame Lucile de la librairie La Suite

Madame Lucile,

Autrefois, je vous tenais en grande estime.

Aujourd’hui, c’est fini et je ne vous pardonnerai jamais les souffrances quotidiennes que vous m’infligez.
De fait, il est là, dans la vitrine de droite, il me fait signe – je le sens- il m’appelle -je le sais- et vous ne pouviez pas ne pas le savoir avant vous aussi.

Vous devriez avoir honte. Je n’ai pas de mots pour qualifier votre violence. Comment vous ne comprenez pas ! Vous vous moquez.

Je le vois chaque fois que je vais à la pharmacie et je m’y rends souvent pour acheter la crème pour les mains un jour, la boîte de doliprane autorisée le lendemain, le lait pour le corps le surlendemain. Il crie parfois, n’en pouvant plus d’être enfermé. J’essaie de faire un détour mais je ne peux pas.

C’est le livre dont je rêve et que jamais, ô grand jamais, je ne commanderai à Amazon. Vous serez donc punie : c’est cet exemplaire que je veux, aucun autre. Vous le saviez forcément.

L’auteure est une femme assez effrontée, le genre de daronne qu’il convient de ne pas contrarier, si vous voyez ce que je veux dire. En outre, souvenez-vous en, c’est une pénaliste, pas une rigolote. Si je lui raconte ce que vous m’infligez, va y avoir du grabuge…

Enfin vous avez compris !!! Le livre de mes rêves s’intitule Richesse oblige d’Hannelore Cayre.

Maintenant, je sais que vous regrettez votre geste. Je vous pardonnerai donc à une condition, une seule : le jour où je viendrai le chercher, Michèle me fera l’un de ces magnifiques paquets cadeaux dont elle a le secret ! »